En 2026, le « salaire d’un éboueur » ne se résume presque jamais à une ligne. Le vrai montant se joue sur deux étages : la base (grille/SMIC) + les compléments (insalubrité, nuit, dimanche, heures sup, 13e mois/prime annuelle…). Résultat : deux ripeurs avec le même intitulé peuvent avoir des bulletins qui n’ont rien à voir.
Objectif de cet article : poser des chiffres concrets (public territorial + privé) et surtout mettre à plat les primes que beaucoup d’articles survolent — celles qui font basculer le « montant réel ».
1) Le « socle » en 2026 : public territorial (FPT) = grille indiciaire
Dans beaucoup de collectivités, l’éboueur/ripeur est recruté sur des cadres d’emplois de catégorie C (souvent autour des adjoints techniques territoriaux, selon l’organisation locale). La base de rémunération, c’est le traitement indiciaire brut (indice majoré × valeur du point).
TendanceCes 3 erreurs qui font rejeter 80% des demandes d’aides juridictionnelles en ligneRepère de calcul (valeur du point) : la valeur mensuelle du point d’indice est donnée à 4,92278 € (revalorisée au 1er juillet 2023, rappelée dans des grilles au 01/01/2024). En 2026, elle peut évoluer (décisions gouvernementales), mais c’est le repère « réel » utilisé sur les grilles publiées récemment. (Source : SMI-CFDT)

Grilles indiciaires (traitement brut mensuel) : ordres de grandeur qui reviennent vraiment
Pour se donner une idée rapide : voici les traitements bruts mensuels indiqués sur les grilles « adjoint technique » (échelle C1) et « adjoint technique principal » (C2/C3) publiées par des organisations syndicales (données 2024, utilisées comme base de lecture ; les montants 2026 dépendront d’éventuelles revalorisations).
- Adjoint technique (C1) : de 1 801,74 € à 1 905,12 € brut mensuel selon échelon. (Sources : CFDT Interco ; SMI-CFDT)
- Adjoint technique principal de 2e classe (C2) : de 1 806,66 € à 2 092,18 € brut mensuel. (Sources : CFDT Interco ; SMI-CFDT)
- Adjoint technique principal de 1re classe (C3) : de 1 836,20 € à 2 353,09 € brut mensuel. (Sources : CFDT Interco ; SMI-CFDT)
À retenir (sans blabla) : le « socle » FPT, sur la base de ces grilles, tourne grosso modo entre ~1 800 € et ~2 350 € brut/mois selon grade/échelon. Et ce n’est pas encore le « montant réel » sur la fiche de paie.
2) La partie que beaucoup oublient : les primes (public) qui changent tout… ou presque rien
Dans la pratique, c’est ici que le salaire « réel » se joue. Mais attention : toutes les primes n’ont pas le même poids. Certaines sont structurantes (ex : IFSE/RIFSEEP selon collectivités), d’autres sont symboliques si elles sont appliquées au minimum.
Prime d’insalubrité / ITDIIS : la « vraie » mécanique (et pourquoi ça surprend)
Dans la fonction publique territoriale, on parle souvent d’indemnités pour travaux dangereux, insalubres, incommodes ou salissants (souvent abrégé ITDIIS). C’est typiquement la prime que tout le monde cite… sans expliquer le calcul.
Ce que dit la règle de base : l’indemnité est calculée par demi-journée de travail effectif, en multipliant :
- un taux de base (catégorie 1, 2 ou 3),
- par un nombre/fraction de taux lié à la tâche, fixé localement (dans la limite des textes),
- avec une possibilité de majoration rarement appliquée (doublement possible dans certains cas évoqués par les textes du décret de 1967).
Taux de base rappelés (arrêté de référence ancien, mais encore utilisé) :
- 1re catégorie : 1,03 €
- 2e catégorie : 0,31 €
- 3e catégorie : 0,15 €
(Source : UNSA Territoriaux – rappel des catégories + taux de base + méthode de calcul ; mention que les taux n’ont pas été réévalués depuis plus de vingt ans.)
Pourquoi ça étonne : au « taux de base », l’insalubrité peut représenter peu par mois si la collectivité applique le minimum… sauf si elle attribue davantage de taux (selon tâches) et/ou active des majorations.
TendanceCette astuce permet de débloquer le RSA même après plusieurs refus : « c’est une erreur courante qui coûte cherExemple ultra concret (pour visualiser) :
Si un agent se voit attribuer 44 taux (ce qui correspond, dans l’explication UNSA, à ~22 jours travaillés = 44 demi-journées) sur la 3e catégorie à 0,15 €, cela fait 6,60 € sur le mois (44 × 0,15 €).
À l’inverse, si l’organisation des tâches et la délibération locale attribuent des taux plus élevés (catégorie 1 et/ou multiplicateurs), la ligne peut monter — mais ce n’est pas « automatique ».

Dimanche, nuit, jours fériés : la vraie bascule sur certains bulletins
Le métier est souvent organisé avec des tournées très tôt (voire de nuit), parfois le week-end selon les services. Dans la FPT, le supplément peut venir via :
- heures supplémentaires (quand elles sont possibles selon le régime),
- indemnités liées aux sujétions (organisation du temps de travail, astreintes selon service),
- et, selon les collectivités, via la logique RIFSEEP (IFSE/CIA) qui peut « absorber » ou encadrer certaines sujétions.
Point clé : deux collectivités peuvent payer différemment à contrainte égale parce que la part indemnitaire est fixée par délibération (et que certaines primes spécifiques ne sont pas obligatoires).
« 13e mois » dans le public : souvent une prime annuelle… mais pas partout
Le fameux « 13e mois » n’est pas un bouton universel dans la territoriale. En revanche, on retrouve fréquemment :
- des primes annuelles (ex : CIA, prime de fin d’année, dispositifs locaux),
- des avantages sociaux (œuvres sociales, participation mutuelle/prévoyance selon politiques locales),
- des compléments variables selon services et budgets.
Traduction : en 2026, si vous entendez « dans telle ville il y a un 13e mois », c’est souvent vrai… dans telle ville. Pas une règle nationale.

3) Côté privé en 2026 : base plus proche du SMIC… mais primes plus « visibles » (et parfois un 13e mois)
Dans le privé, un ripeur/éboueur peut être salarié d’un prestataire (collecte déléguée, propreté urbaine, déchets…). La base est souvent proche d’un salaire d’entrée « SMIC + » avec des hausses selon expérience, permis (PL), responsabilités et accords internes.
Repère de marché (ordre de grandeur) : une fiche métier grand public indique un salaire moyen autour de 1 700 € brut/mois, avec des parcours allant du SMIC en début de carrière jusqu’à environ 2 000 € brut/mois en fin de parcours, et des primes liées à la pénibilité/nuit pouvant augmenter la rémunération. (Source : Hellowork – fiche « Ripeur / Ripeuse »)
Les primes privées qui font souvent la différence (les « vraies lignes » sur les fiches de paie)
- Majoration de nuit : dépend des accords d’entreprise / conventions collectives ; dans la réalité terrain, c’est souvent la ligne qui « fait monter » le net quand les tournées commencent très tôt ou se font en horaires décalés.
- Dimanche / jours fériés : idem, les majorations existent mais varient ; ce sont des compléments qui peuvent être très visibles sur certains mois (périodes de forte activité, remplacements, évènements).
- Heures supplémentaires : c’est souvent le levier n°1 quand les tournées débordent ou quand il faut renforcer des équipes.
- Prime panier / repas (quand applicable) : petit montant unitaire, mais récurrent.
- 13e mois / prime annuelle : plus fréquent dans le privé que dans la territoriale « standard », mais dépend fortement de l’entreprise (accord, usage, politique RH).
- Intéressement / participation (certaines entreprises) : pas mensuel, mais peut « changer l’année ».
Le point qui piège les comparaisons public/privé : dans le privé, la rémunération peut sembler « moins lisible » (variables, primes, heures sup), mais au final, certaines années, le total annuel peut dépasser ce qu’on imagine en lisant uniquement le salaire de base.
4) Le « montant réel » en 2026 : 3 mini-scénarios chiffrés (pour visualiser)
Important : les montants ci-dessous sont des simulations à partir de bases publiques (grilles) + mécanismes de primes décrits (ITDIIS) et de pratiques courantes (nuit/dimanche/heures sup). La réalité dépend de votre collectivité/entreprise et de ses délibérations/accords.
Scénario A — Débutant en FPT, base « grille » + primes faibles
- Traitement brut (adjoint technique C1 bas d’échelle) : ~1 801,74 € brut/mois (CFDT Interco / SMI-CFDT)
- ITDIIS « au minimum » (ex. 44 taux en 3e catégorie à 0,15 €) : ~6,60 €/mois (UNSA Territoriaux : méthode et taux)
- Résultat : si la part indemnitaire est faible, le « montant réel » reste très proche du socle.
Scénario B — FPT avec sujétions (horaires décalés / cycles) + part indemnitaire structurante
- Traitement brut : entre ~1 806 € et ~2 092 € (C2) ou plus selon grade/échelon (CFDT Interco / SMI-CFDT)
- Compléments : c’est ici que l’écart se fait (heures sup selon régime, indemnités liées aux sujétions, IFSE/CIA selon collectivité).
- Résultat : deux agents au même grade peuvent diverger fortement si l’un fait des tournées avec contraintes et l’autre non.
Scénario C — Privé : base proche du SMIC + variables (nuit/dimanche/heures sup) + prime annuelle possible
- Base : repère « marché » autour de ~1 700 € brut/mois, avec un haut de parcours autour de ~2 000 € brut/mois (Hellowork)
- Variables : nuit + dimanche + heures sup = mois « normaux » vs mois « forts » (remplacements, pics, évènements).
- 13e mois/prime annuelle : quand elle existe, elle « gonfle » le total annuel sans toujours être visible en mensualisé.
5) La check-list « anti-blabla » : ce qu’il faut regarder sur une fiche de paie d’éboueur en 2026
Si vous voulez connaître le montant réel, ne vous arrêtez pas au traitement/brut de base. Cherchez ces lignes (ou leur équivalent) :
- Base : traitement indiciaire (public) / salaire de base (privé)
- Indemnités/Primes : IFSE/CIA (si RIFSEEP), primes de service, sujétions
- Insalubrité (ITDIIS) : catégorie, nombre de taux, et si majoration appliquée (UNSA Territoriaux)
- Nuit / Dimanche / Fériés : majorations, repos compensateurs, indemnités spécifiques
- Heures supplémentaires : volume, taux, régularité
- Prime annuelle / « 13e mois » : mensualisé ou versé en une fois (souvent là que se cache la différence annuelle)
En clair : en 2026, la question « combien gagne un éboueur ? » a une bonne réponse seulement si on précise statut (FPT/privé), grade/échelon ou base, et surtout le pack de primes lié aux contraintes.
Sources (principales) :
- CFDT Interco — Grilles indiciaires des adjoints techniques territoriaux (catégorie C) : montants bruts mensuels par échelon/grade.
- SMI-CFDT — Grilles et rappel : valeur mensuelle du point d’indice 4,92278 € + traitements bruts mensuels.
- UNSA Territoriaux — ITDIIS : catégories, taux de base (1,03 € / 0,31 € / 0,15 €), calcul par demi-journée, possibilité de majoration.
- Hellowork — Fiche métier « Ripeur / Ripeuse » : repères de salaire moyen (~1 700 € brut), fourchettes public/privé et mention des primes.


