Chaque début d’année, la publication du barème kilométrique par la Direction générale des finances publiques (DGFiP) est scrutée avec attention par les salariés et indépendants. En 2026, cette grille qui permet de calculer les frais réels déductibles connaît une révision plus mesurée que celle observée lors des années précédentes. Mais derrière cette apparente stabilité se cachent des écarts notables selon la motorisation et le type de véhicule utilisé.
Une revalorisation limitée malgré l’inflation persistante
Alors que l’indice des prix à la consommation a progressé d’environ 3,1 % sur l’année 2025 selon l’INSEE, le barème kilométrique n’a été revalorisé que de 1,2 % en moyenne. Une décision justifiée par Bercy au nom du « maintien de l’équilibre budgétaire » et du ralentissement du coût moyen des carburants observé au second semestre 2025.
Le barème officiel 2026 distingue toujours les véhicules selon leur puissance fiscale (CV) et leur distance parcourue dans l’année. Voici les valeurs principales publiées au *Journal Officiel* :
| Puissance fiscale | Jusqu’à 5 000 km | De 5 001 à 20 000 km | Au-delà de 20 000 km |
|---|---|---|---|
| 3 CV et moins | d × 0,456 | (d × 0,273) + 915 | d × 0,318 |
| 4 CV | d × 0,523 | (d × 0,294) + 1 147 | d × 0,352 |
| 5 CV | d × 0,548 | (d × 0,305) + 1 200 | d × 0,368 |
| 6 CV et plus | d × 0,574 | (d × 0,323) + 1 245 | d × 0,386 |
(d représente la distance annuelle parcourue à titre professionnel exprimée en kilomètres.)

Les motorisations thermiques mieux servies que les électriques
L’écart entre véhicules thermiques et électriques se creuse encore légèrement. Le barème spécifique pour les voitures électriques reste indexé sur celui des moteurs essence mais sans bonification supplémentaire comme cela avait été évoqué par certains parlementaires lors du débat budgétaire.
Pour un salarié parcourant environ 18 000 km par an avec un véhicule électrique évalué à 5 CV fiscaux, la déduction moyenne sera inférieure d’environ 180 euros par rapport à un modèle essence équivalent. Une différence qui interroge alors que la transition vers une mobilité plus durable est encouragée par ailleurs via le bonus écologique.
« J’ai investi dans une voiture électrique en pensant réduire mes coûts globaux à long terme », confie Marie-Louise Perrin, infirmière libérale dans le Haut-Rhin. « Je découvre que fiscalement je suis désavantagée par rapport à mes collègues roulant encore au diesel ».
Des gagnants et des perdants selon le profil des contribuables
L’impact du nouveau barème dépend directement du volume de kilomètres déclarés et du type d’activité exercée. Les professions itinérantes – commerciaux, infirmiers libéraux ou techniciens de maintenance – seront les plus sensibles aux écarts même minimes dans les coefficients.
- Les salariés utilisant un petit véhicule urbain voient leur déduction légèrement augmenter (de l’ordre de +0,8 %).
- Les utilisateurs de modèles puissants ou hybrides rechargeables enregistrent une stagnation voire une baisse nette selon leur usage annuel.
- Les trajets longs au-delà de 20 000 km sont globalement moins valorisés qu’en 2024-2025.
- Les deux-roues conservent un barème stable sans revalorisation notable.
Bercy mise sur la stabilité pour éviter un effet d’aubaine fiscal
D’après un communiqué du ministère publié ce lundi matin, cette politique vise à « maintenir une cohérence économique tout en accompagnant la modération du prix moyen des carburants ». En filigrane, Bercy cherche aussi à prévenir une hausse trop importante des déductions qui pèserait sur les recettes fiscales déjà fragilisées par plusieurs dispositifs exceptionnels mis en place depuis la pandémie.
L’administration fiscale rappelle également que seuls les contribuables ayant choisi la déduction aux frais réels sont concernés. Pour ceux ayant opté pour l’abattement forfaitaire de 10 %, aucune modification n’est nécessaire dans leur déclaration annuelle prévue au printemps prochain via *impots.gouv.fr*.

Un signal ambigu pour la transition écologique ?
L’absence d’incitation claire pour les véhicules électriques crée un sentiment paradoxal alors que l’État encourage simultanément l’achat de ces modèles via le bonus écologique et le leasing social géré par *France Mobilités*. Plusieurs associations professionnelles appellent déjà à une refonte du barème dès l’an prochain afin d’y intégrer un coefficient environnemental prenant en compte la nature énergétique du véhicule.
« On comprend la logique budgétaire mais elle envoie un mauvais message », estime Marie-Louise Perrin. « Les soignants ou artisans qui roulent beaucoup n’ont pas forcément les moyens d’assumer cette incohérence fiscale ».
Ainsi, si le barème kilométrique version 2026 affiche une relative continuité avec celui de l’an dernier, son application pratique révèle des disparités réelles entre catégories de contribuables. Un équilibre fragile entre rigueur budgétaire et justice fiscale qui devrait nourrir bien des débats au moment des déclarations printanières.


