Les enseignes françaises comme Leclerc et Intermarché, souvent perçues comme garantes d’une alimentation accessible, se retrouvent régulièrement pointées du doigt pour la présence de résidus chimiques sur certains fruits importés. Derrière les étals colorés, la réalité des chaînes d’approvisionnement met en lumière un système complexe où réglementation, pression économique et attentes des consommateurs s’entrechoquent.
Des contrôles réguliers mais des résultats préoccupants
L’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) effectue chaque année des analyses sur les denrées alimentaires commercialisées en France. Dans son dernier rapport, elle relève que plusieurs lots de fruits frais vendus sous marques distributeurs contenaient des traces supérieures aux seuils européens pour certains produits phytosanitaires. Les pommes venues du Chili, les fraises espagnoles ou encore les raisins sud-africains figurent parmi les plus concernés.
Chez Intermarché comme chez Leclerc, une partie des fruits provient encore de zones où la réglementation sur l’usage de pesticides est plus souple qu’en Europe. Ces produits arrivent ensuite sur le marché français après avoir subi des traitements post-récolte destinés à prolonger leur conservation pendant le transport.

Quand la chaîne d’approvisionnement échappe au contrôle
Les centrales d’achat de grandes enseignes fonctionnent selon un principe simple : obtenir le meilleur rapport qualité-prix. Mais cette logique pousse parfois à importer des fruits issus de filières moins contrôlées. Un responsable syndical du secteur agricole explique que « certains producteurs étrangers utilisent encore des molécules interdites en Europe car elles permettent d’éviter les pertes liées aux parasites et aux champignons ».
« Je travaille depuis quinze ans dans un verger du Lot-et-Garonne, raconte Marc Delmas, arboriculteur. Nous devons respecter près de quarante contrôles par an alors que des fruits venus d’Amérique latine arrivent avec des substances qu’on ne peut plus employer ici. Et ils se vendent moins cher que les nôtres. »
Cette disparité crée une distorsion de concurrence au détriment des producteurs français et rend difficile pour le consommateur de distinguer un fruit local proprement traité d’un fruit importé plus risqué.
Quels fruits posent le plus problème ?
Les données compilées par Générations Futures et corroborées par Eurofins montrent que certaines catégories sont systématiquement plus exposées. Les tests menés sur plusieurs enseignes mettent notamment en avant les produits suivants :
- Les pommes importées du Chili ou d’Afrique du Sud
- Les fraises espagnoles en début de saison
- Les raisins sans pépins originaires du Pérou
- Les cerises turques traitées au diméthoate (interdit en France depuis 2016)
| Fruit | Pays d’origine | Taux moyen de résidus détectés (%) | Pesticides concernés |
|---|---|---|---|
| Pomme | Chili | 68 % | Dithiocarbamates, chlorpyrifos |
| Fraise | Espagne | 59 % | Iprodione, fludioxonil |
| Raisin sans pépin | Pérou | 63 % | Boscalid, cyprodinil |
| Cerise | Turquie | 47 % | Diméthoate (non autorisé UE) |
L’impact sur la santé et la réponse des enseignes
L’exposition chronique à ces substances n’entraîne pas nécessairement un risque immédiat pour le consommateur moyen, selon l’ANSES. Mais certains composés suspectés d’être perturbateurs endocriniens ou cancérigènes inquiètent la communauté scientifique. L’association UFC-Que Choisir rappelle que « le cumul de résidus à faibles doses peut avoir un effet cocktail non négligeable sur la santé publique ».
Sous la pression médiatique et associative, Leclerc a annoncé renforcer ses audits fournisseurs et augmenter la part de ses gammes “Zéro Résidu” dès cette année. De son côté, Intermarché dit privilégier davantage les partenariats avec des coopératives locales pour limiter les importations hors UE.

Vers une prise de conscience collective ?
L’augmentation constante des ventes de fruits bio (+8 % en volume selon NielsenIQ) montre que les consommateurs cherchent désormais à réduire leur exposition aux pesticides. Mais pour beaucoup, le prix reste un frein réel. Les associations appellent donc à une meilleure transparence sur l’origine et le mode de culture afin que chacun puisse faire ses choix en connaissance de cause.
« Le changement viendra quand on arrêtera de traiter l’alimentation comme une simple marchandise », conclut Marc Delmas. « Tant qu’un kilo venu du bout du monde coûtera moins cher qu’un produit cultivé proprement ici, rien ne bougera vraiment. »
Derrière cette constatation pragmatique se dessine un enjeu majeur : repenser nos circuits alimentaires pour concilier accessibilité économique et sécurité sanitaire durable.


