Depuis plusieurs mois, les discussions autour du “permis de louer” agitent les collectivités locales et les associations de propriétaires.
Ce dispositif, jusque-là limité à certaines communes, va désormais concerner tout le territoire national. À la clé : un contrôle renforcé des logements avant leur mise en location et une responsabilité accrue pour les bailleurs.
Une mesure nationale issue d’expérimentations locales
Le “permis de louer”, introduit par la loi ALUR en 2014 puis renforcé par la loi Élan en 2018, n’était jusqu’ici obligatoire que dans certaines zones définies par arrêté municipal.
Des villes comme Lille, Marseille ou encore Saint-Denis avaient déjà mis en place ce dispositif pour lutter contre l’habitat indigne. Selon le ministère du Logement, ces expérimentations ont permis de détecter jusqu’à 25 % de logements non conformes aux normes minimales de décence.
ActualitéVoici comment savoir si vos empreintes digitales sont connues des services de police « plus de 12 millions y sont recensés »Désormais, le gouvernement a décidé d’étendre cette obligation à l’ensemble du pays. D’après les chiffres communiqués par la Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN), près de 12 millions de propriétaires sont concernés. Cette généralisation devrait s’appliquer progressivement sur deux ans afin de permettre aux communes et intercommunalités d’organiser leurs services d’instruction.

Comment fonctionne concrètement ce permis ?
Avant toute mise en location, le propriétaire devra déposer une demande d’autorisation préalable auprès de sa mairie ou de son établissement public de coopération intercommunale (EPCI). Un inspecteur vérifiera alors la conformité du logement selon plusieurs critères techniques et sanitaires.
| Éléments contrôlés | Description |
|---|---|
| Sécurité électrique et gaz | Absence d’installation vétuste ou dangereuse |
| Aération et ventilation | Présence d’une aération naturelle ou mécanique suffisante |
| Surface minimale habitable | Au moins 9 m² par occupant avec une hauteur sous plafond supérieure à 2,20 mètres |
| Performance énergétique | Logement classé au minimum F à court terme puis E à horizon 2028 |
| Présence d’humidité ou insalubrité | Aucune trace d’infiltration ni champignons visibles sur les murs |
L’autorisation sera délivrée pour une durée limitée, généralement six ans. En cas de refus, le propriétaire devra effectuer des travaux avant toute nouvelle demande. Le non-respect du dispositif pourra entraîner des sanctions pouvant aller jusqu’à 15 000 € d’amende selon l’article L635-9 du Code de la construction et de l’habitation.
Des réactions partagées sur le terrain
Du côté des collectivités locales, beaucoup saluent un outil permettant enfin d’agir contre les marchands de sommeil et les locations insalubres. Mais chez certains particuliers, la mesure suscite des inquiétudes quant aux coûts supplémentaires et aux délais administratifs.
« Je possède deux petits appartements à Clermont-Ferrand que je loue depuis quinze ans sans incident », explique Jean-Marc Roussel, retraité et propriétaire bailleur. « Je comprends l’objectif sanitaire mais j’ai peur que cela devienne un parcours administratif décourageant. Si obtenir un permis prend trois mois, qui paiera ce vide locatif ? »
L’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI) partage ces préoccupations. Dans un communiqué publié début janvier, elle alerte sur “la complexité croissante imposée aux petits bailleurs” tout en reconnaissant “la nécessité d’améliorer la qualité du parc locatif privé”. À l’inverse, la Fondation Abbé Pierre estime que cette généralisation constitue une avancée majeure pour repérer plus rapidement les logements indignes — encore estimés à près de 400 000 en France selon son dernier rapport annuel sur le mal-logement.
Un nouvel équilibre entre protection des locataires et obligations des bailleurs
Derrière cette réforme se joue un rééquilibrage entre droit au logement décent et liberté contractuelle. Le ministère chargé du Logement précise que l’objectif n’est pas de sanctionner mais d’accompagner les propriétaires vers la mise aux normes. Un fonds national dédié pourrait être créé pour soutenir financièrement ceux qui devront réaliser des travaux lourds liés à la sécurité ou à l’efficacité énergétique.
- Mise en place progressive entre 2026 et 2028 selon les communes ;
- Dépôt obligatoire avant signature du bail initial ;
- Aides financières possibles via MaPrimeRénov’ pour les rénovations énergétiques ;
- Contrôles ciblés sur les logements anciens construits avant 1980.
L’exécutif promet également un portail numérique unique permettant le dépôt dématérialisé des demandes afin d’alléger la charge administrative pour les particuliers.

Vers un changement durable du marché locatif français
L’entrée en vigueur généralisée du permis de louer marque une étape importante dans la politique française du logement. Elle intervient dans un contexte où les tensions sur le marché locatif restent fortes dans plusieurs agglomérations comme Lyon, Bordeaux ou Paris intra-muros. Cette réforme pourrait contribuer à améliorer la qualité globale du parc immobilier tout en assainissant certaines pratiques abusives.
Reste à savoir si cette nouvelle contrainte administrative n’aura pas un effet inverse sur l’offre locative privée déjà sous pression. Les prochains mois seront déterminants pour mesurer si ce permis devient réellement un levier efficace contre l’habitat indigne ou un frein supplémentaire pour les petits bailleurs.



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